Filmer la neige

Publié par Jacqueline Farmer le 20 septembre 2018 – Actualités

Cyril Barbançon en train de filmer la neige
C. Barbançon derrière la caméra, au cœur d'une forêt enneigée.

Pourquoi les flocons de neige tombent-ils toujours sous la forme d’une étoile qui a six angles et six branches, duveteuses comme des plumes ? Il doit y avoir une raison, en vertu de laquelle la neige a cette forme de petite étoile à six branches. Cela ne peut pas être dû au hasard. Pourquoi toujours six ?

Johannes Kepler, astronome

Notre travail est mené à la fois en 3D et en 2D.

Les formations des cristaux de neige, la neige qui tombe du ciel, une tempête de neige dans une forêt, une avalanche qui dévale une pente … L’enjeu est de restituer la magie des volumes de la neige, donner au spectateur dans une salle obscure la même sensation d’émerveillement, de spectacle grandiose, qu’il aurait s’il était lui-même dans la forêt, au milieu des arbres qui croulent sous le poids de la neige.

Cyril Barbançon derrière une caméra sous la neigeMais filmer la neige présente une multitude de problèmes techniques ; le froid engendre des dysfonctionnements du matériel électronique, et il peut s’avérer difficile de créer des images dynamiques avec une profondeur dans des conditions de lumière spécifiques aux ambiances de neige et qui manquent de contraste.

Dans les tempêtes de neige, le vent et l’humidité posent de véritables problèmes aussi bien pour la prise d’image que pour le son même où la neige recouvre tout.

Nous avons développé un matériel unique au monde pour filmer dans ces conditions. Deux systèmes de caméras, side by side et miroir, spécifiquement adaptés pour être à la fois étanches mais aussi portables. Car les risques sur le terrain sont tels que nous préférons travailler avec un matériel qui peut être installé et enlevé relativement facilement.

Pour chasser la neige des objectifs des caméras, nous utilisons un système de spintek (verre qui tourne à très grande vitesse sur lui-même), afin que le spectateur puisse être complètement immergé dans l’image en faisant abstraction de la caméra. Les spinteks nous donnent la possibilité de filmer la neige qui tombe et les tempêtes directement en 3D sur le terrain.

Parmi les multiples défis techniques du projet, nous voulons filmer des départs d’avalanches depuis des drones. Ce travail est mené en collaboration avec des spécialistes – les chercheurs de l’Institute of Arctic and Alpine Research dans le Colorado pour les départs naturels, et ceux du Swiss Institute for Snow and Avalanche Research pour une variété de plans dans un environnement plus contrôlé (le SLF lâche des charges explosives de 15 kg depuis un hélicoptère dans une des trois zones de recherche).

Nous voulons également filmer en aérien les paysages de montagne et de forêt au moment même où la neige recouvre tout.

caméra sous un ballon en train de s'éleverGrâce au ballon hélium (Soulcam), nous pourrons capturer ces instants au plus prêts du relief et les filmer sans aucune perturbation.

Forte de l’expérience de tournage du long métrage « Hurricane », notre équipe a l’habitude des situations de météorologie extrêmes : le suivi des cartes météo, l’appréhension des dépressions, la réactivité dans un contexte de logistique lourde.

Cette connaissance technique du terrain est accompagnée d’un véritable savoir faire en logistique à la production. Nos équipes tournaient déjà en 4K il y a 5 ans, et cette décision judicieuse a permis de garantir à nos films une longue durée de vie. « Neige » sera tourné en 8K double flux avec des caméras ‘Red’ qui ont déjà fait leurs preuves en terme de fiabilité dans les températures extrêmes.

Nous filmons avec ce nouveau format 8 K pour plusieurs raisons: pour assurer l’avenir à long terme du film sur les marchés; parce que la très haute résolution nous donne de la flexibilité pour les effets spéciaux et pour le cadre; et pour répondre aux exigences de l’un des formats d’exploitation auquel le film est destiné, l’Imax Dome.

Pour les cristaux de neige, on utilisera la photogrammétrie (technique qui permet de reconstituer une image en volume à partir d’une multitude de photos, prises sous différents angles). Il s’agit d’un travail minutieux en macro qui demande beaucoup d’attention. Ces images nous permettront d’apprécier des flocons dans leurs différentes formes mais aussi de voyager parmi eux. Grâce à cette technologie, la neige aura un volume et une présence inégalée en 3D. Pour descendre au niveau atomique, nous allons travailler en CGI (Computer Generated Imagery), à partir des images rendues par x-ray crystallography.

Nous sommes convaincus que la 3D reste le meilleur format pour immerger les spectateurs dans le monde naturel. Nous avons développé une véritable expertise dans la 3D, non seulement lors de la prise d’images sur le terrain mais aussi dans la chaîne de post-production que nous maîtrisons.

Nous avons l’habitude de mener des chaînes de post-productions complexes et dans plusieurs formats car nous travaillons beaucoup avec des partenaires à l’international. Nous avons été parmi les premiers en France à sortir les DCP double flux 4K 3D. Pour le montage son/ mixage le Dolby ATMOS/IMAX 12 pistes trouvera toute sa légitimité pour ce film – du son de l’avalanche qui fait écho dans la falaise, à l’ambiance des bisons retranchés dans la forêt où les branches cèdent sous le poids de la neige.


The Future of Snow

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